Traversée Las Palmas (Gran Canaria)-> Mindelo (Cap vert) du 09/11 au 17/11
Dimanche 09 novembre : Le Grand départ !!!
Après deux semaines de préparation très intenses, c'est le jour J.
11h : On est prêt, le bateau est prêt. On va voir les bateaux copains et se souhaiter bon vent et bonne mer!
11h30/40 : On part les uns après les autres de nos places de port, il y a de la musique, un orchestre, Maël fait quelques coups de corne de brume, on fait une petite chorégraphie avec Laure sur le pont avant, on fait de larges au revoir aux personnes venues nous encourager! Quelle effervescence, quelques larmes car quelle émotion!
Puis on attend au large le départ des multicoques à 12h45. La mer est houleuse, les bateaux sont proches, ce n'est pas sans danger, nous ne hissons pas les voiles pour rester manoeuvrables. Le départ approche. Tout est très codifié, des bouées orange quadrillent l'espace de départ, un navire imposant fait des signaux et déploie des drapeaux que l'on nous a présenté en briefing hier. A la VHF, on a un décompte 15 minutes avant, puis 10 minutes, puis 5 puis 1 minute puis départ! Tous les multicoques s'élancent au large, quelle magie! Certains partent en trombe avec les voiles gonflées. Nous choisissons de hisser la Grand Voile plus loin, une fois que les bateaux nous collent moins.
Puis c'est le départ des monocoques, nous sommes au loin et c'est très beau. Nous restons cependant concentrés au départ sur ce qui nous entoure. Plusieurs cargos sont à l'ancre sur notre route. Le vent est assez fort, on aura jusqu'à 32 noeuds en rafale dans la journée/nuit et la houle qui va avec. La premier journée pour l'équipage est éprouvante, beaucoup de manoeuvre à faire, ne pas empanner.
Au départ, on voit plein de poissons volants ! Plus tard on comptera jusqu’à 23 secondes de vol plané ! Sortent-ils excités par tous ces bateaux autour ? La mer est agitée avec une houle de 2 m et assez courte.
On prend pour la plupart de l’équipage des médicaments contre le mal de mer, et ça marche plus ou moins bien selon les personnes. Mais pour le mal de mer, il faut aussi bien s’hydrater, bien manger, prendre l’air, regarder l’horizon, ne pas avoir froid. Plusieurs composantes qui diffèrent selon les uns et les autres.
Cela fait 2 semaines et demi que nous sommes à Las Palmas aussi, il faut se ré-amariner complètement.
Noé a commencé à avoir mal à l’oreille gauche hier. Dans la mesure où nous partions le lendemain, je suis allée voir une copine pédiatre sur notre ponton. Il part avec une otite externe qui lui fait de plus en plus mal et qui me contrarie beaucoup. C’est exactement ce que je ne voulais pas !!
Les enfants sont allongés et regardent un film ou dorment.
Starlink se coupe à 12 mille nautiques des côtes, on perd notre route, super !
C’est franchement pas le moment après la journée soutenue que l’on a eu, mais c’est toujours comme ça.
Repas de pâtes pour tout le monde midi et soir: En tenant la casserole à deux mains et sur le côté, 10 minutes pour cuire des pâtes, c’est long en fait 10 minutes…
23h30 : Virement de bord pour laisser passer un cargo qui nous met feu dans notre direction : spots allumés très fort qui nous demandent très clairement de changer de cap :-/
Belle Voie lactée, belle lune dans la nuit de dimanche à lundi !
Quelle journée pleine d'émotions!
Lundi 10/11
Au petit matin comme prévu le vent baisse ouf ! On est entre 13 et 18 nœuds c’est quand même plus confortable car hier il y avait beaucoup de vent. Les manœuvres sont difficiles dans ces cas là et c’est assez stressant, d’autant qu’avec le vent on ne s’entend pas parler.
Aujourd’hui est nettement plus confortable.
Pour les quarts, on décide de s’organiser de la manière suivante : Pierre et Noé de 19h jusqu’à 22 heures. Comme ça je couche les enfants et je vais me coucher une heure ou deux. À 22h je prends le quart jusqu’à 1h du matin. Laure fait 1h-> 4h. Pierre fait 4h-> 7heures et je reprends à 7h pour préparer le petit déjeuner.
Sur le bateau, on a deux postes de pilotage avec deux barres et deux écrans. A tribord, on a les moteurs et le radar. A babord, on a l’écran de contrôle général. Il s’agit de vérifier dans la nuit que l’on n’ait pas de route de collision, de pouvoir intervenir si c’est le cas, de changer de cap, voir réveiller les autres pour virer de bord ou empanner. Il s’agit aussi de faire attention à ne pas empanner (que le bôme ne passe pas d’un bord à l’autre violemment pour éviter de casser du matériel). Il faut veiller à ce que tout aille correctement, que la route soit bien suivie, surveiller le vent, s’assurer que l’on est pas sur toilé ou au contraire pas assez (mais dans ce cas, on laisse les autres dormir, et on voit quand ils se réveillent). Le radar permet de voir les bateaux qui ne sont pas sur l’AIS, des bateaux de pêche le plus souvent. On nous a aussi évoqué que nous sommes sur une route avec parfois des bateaux de migrants malheureusement que l’on pourrait voir au radar. Le cas échéant, il faut appeler à la radio et ne pas intervenir nous même. Un bateau d’ailleurs nous a mentionné avoir rencontré un bateau de migrants. Il faut imaginer être en pleine nuit noire et les instruments qui ne mentionnent pas de bateaux mais on voit une lumière blanche (pas des feux classiques vert et rouge) avancer. Le bateau s’est approché et leur a demandé du Gasoil et de l’eau. Il semble qu’il y avait presque 100 personnes entassées dans un bateau en bois avec un moteur simple, sans éléments de sécurité et pas de gilets pour tous, sans eau et avec beaucoup de malade à bord (je n’ose pas imaginer le mal de mer là-dessus sans confort et sans médicaments..). Le catamaran a alors appelé la radio VHF 16 sans réponse. Comme ils sont français, ils ont appelé le CROSS Gris Nez directement. On leur a demandé des informations et ils ont tourné autour du bateau pendant 2h environ car il a fallu que le CROSS coordonne l’intervention. En somme, qui des sauveteurs et police des Canaries ou du Maroc je crois allait intervenir ? Cette expérience est triste car ces personnes se mettent dans des situations si dangereuses pour quitter l’Afrique et atteindre les côtes des Iles Canaries et donc l’Espagne avec pour souhait une vie meilleure.
Les enfants sont calmes et s’allongent. Regardent un film. Puis l’après-midi jeux de société.
Dans l’après-midi, on voit des dauphins qui restent très longtemps avec nous! Ils sont deux, puis quatre, puis cinq : quel joli signe pour notre traversée.
À 19h, la retenue de bôme se défait d’un coup, Pierre et Laure refont le nœud.
Peu avant la nuit, après un virement de bord, on a pris le fil de pêche à la traîne dans l’hélice tribord, Pierre devra plonger pour l’enlever demain :-/ Grand bain en vue !
Noé a toujours très mal à l’oreille. Je fais un mail au CCMM de Toulouse par sécurité et pour avoir un deuxième avis. Le médecin me confirmera la marche à adopter proposée par ma copine. N’empêche que c’est exactement ce que je ne voulais pas ! Un enfant malade a bord.
Au moment où j’écris ces lignes, il est 23h35 et par exemple à l’écran je vois un navire de passagers de 138m le « Sea Cloud Spirit » à l’arrière du bateau à environ 10 mille. Nous sommes relativement proche, il va à neuf nœuds. Nous allons à cinq nœuds. L’AIS me dit que l’on sera au même niveau dans une heure ou deux. Or, nous avons un cap à peu près similaire, il est à 217° et nous sommes à 218… donc il va falloir qu’il y en ait un qui bouge. Et comme il arrive de derrière, j’aimerais bien qu’il s’adapte.
Je vois deux étoiles filantes dans la nuit.
Mardi 11/11
La journée est beaucoup plus calme. La mer est belle. La visibilité très bonne et il fait très beau. Dieu merci Noé va beaucoup mieux. Le vent baisse énormément c’est comme on dit « la pétole » et l’occasion pour Pierre d’aller détacher le fil de pêche coincé.
Du coup sa petite baignade sécurisée avec 4000m de fond nous donne envie, finalement je vais me baigner ainsi que Maël et Quentin et prendre une petite douche avec le jet à l’arrière du bateau, une belle fin de matinée. (La baignade se fait avec un bout attaché autour de la poitrine et en se tenant au Silzig.)
On repartira au moteur après par manque de vent.
On fait du pain !
Les enfants font leurs coloriages donnés par l’Arc plus et un peu d’anglais car ces carnets sont en anglais. À ce moment-là, je regarde la mer sur le côté du bateau, et je vois une Enorme masse dans l’eau en direction opposée à notre route. J’appelle les enfants. Quentin verra la même chose et Maël un peu sur la fin. Il ne s’agit pas d’un dauphin, c’est sûr. Après étude et analyse, il s’agirait d’un marsouin ou d’un cachalot! Celui-ci était bien sous l’eau, une grande masse grise avec une tête arrondi et une toute petite nageoire caudale et dorsale.
Quentin nous fait un petit spectacle à l’avant du bateau, il fait bien rire ses frères, il décharge un peu son trop plein d’énergie et ça nous fait bien rire.
Les enfants sont un peu électriques, il faudra demain que l’on fasse un peu d’exercice physique.
À l’avant du bateau, on pourrait récolter du sel solide qui s’accumule, et remplir un flacon!
Demain on reprend l’école. L’anglais c’était pour la remise en route.
Mercredi 12/11
Ce matin je prends mon quart à 7h25, j’ai oublié de mettre mon réveil ou je ne l’ai pas entendu, je devais prendre mon quart à 7h et Pierre attendait. Il devait avoir envie de se coucher, en quart, la dernière demi heure est difficile :-/
La mer est belle et il n’y a pas de difficultés majeures.
À 8h10 je m’aperçois qu’il y a des dizaines et des dizaines de dauphins autour du bateau : moment magnifique et agréable. Ils restent à m’accompagner un long moment, ils sont à l’avant et à l’arrière et vont si vite ! Je poste sur le groupe WhatsApp de l’arc que ce moment a fait ma journée.
Le matin, rangement du coffre extérieur et des affaires de pêche. On veut faire des lignes et des leurres. Maël fabrique des leurres de manière très habile et réussie !
Dans l’après-midi, les enfants font quelques jeux, on fait un gateau au chocolat brownie sans noix pour le goûter
Les enfants commencent à s’exciter, ils vont jouer à l’avant.
Fin de journée, le vent se lève de face. La mer se forme avec des petites vagues courtes à l’avant. On commence à avoir un peu le mal de mer.
On mange des fajitas
Et je vais me coucher car je dois prendre mon quart a 22 heures
C’est Noé et Pierre qui font le premier !
Aujourd’hui, notre bateau copain Oïkia est parti avec le rallye des îles du soleil, traverser de Cap-Vert à la Martinique. On pense fort à eux.
Petite note de quart :
Là il est minuit.
Je m’endors.
La nuit est noire, il n’y a pas de lune.
La mer est agitée et bruyante, le bateau tape beaucoup.
Je suis vigilante, il y a un voilier à l’arrière assez loin mais en approche.
Je viens de sursauter par un bruit de bout, la nuit n’est vraiment pas facile cette nuit.
Ces traversées plus longues sont exigeantes!
Vendredi 14 novembre
Ce matin je prends la relève à 7h et je vois avec Maël des dauphins ! Beaucoup de dauphins, des dizaines et dizaines dont 2 d’entre eux font d’énormes sauts devant nous ! Un autre nage sur le dos à fond juste sous l’étrave avant et nous montre son ventre pendant un long moment, ça nous fait bien rire.
Tout le monde se lève petit à petit.
Je sens que l’ennuie gagne un peu les enfants. Avec d’autres mamans de l’ARC on a un groupe WhatsApp et on s’échange des idées d’occupation, c’est super de les avoir et tout ceci créé des liens !
Ce matin je prends la caisse de Lego, je la monte en haut dans le carré commun et je me mets à jouer moi-même au Lego ça me fait du bien, j’imagine une scènette et les enfants se prêtent au jeu, ils se mettent à jouer avec moi, on passe un long moment tellement agréable, juste jouer avec eux et m’amuser moi même. Les enfants sont contents.
Le reste de la journée se déroule très bien avec pour décor la pleine mer.
Samedi/dimanche 15/16 nov
La plupart des bateaux arrive entre samedi et dimanche à Mindelo. Nous serons parmi les derniers à arriver lundi matin.
C’est pas tellement le fait d’arriver dernier, c’est surtout que ce week-end les conditions sont vraiment difficiles.
Les vents sont forts, le bateau tape beaucoup, la mer est agitée voire très agitée.
Il est extrêmement difficile de se reposer. Dans la nuit de dimanche à lundi Pierre Laure et moi-même serons quasiment éveillés toute la nuit.
Aussitôt ça attaque un peu le moral et j’arrive à me demander pourquoi j’ai choisi ça ! Apparemment on est nombreux parmi les plaisanciers à se le dire quand les choses se gâtent et puis ça passe quand on arrive dans de beaux endroits.
Lundi 17/11 : On arrive vers 11h à Mindelo !!!!
Lundi matin on arrive au port et l’accueil est exceptionnel!!! Les copains nous attendent, nous applaudissent, sifflent et hurlent « Tamata », et ça fait un bien FOU de les voir. Ca y est, on y est arrivé ! Pilou est à la barre, il y a 25 à 30 nœuds de vent dans la marina, on doit amarrer au ponton avec ça, c’est hyper dur, les amis compatissent car ils savent ce que c’est d’arriver à sa place de port avec autant de vent :-/ mais Pierre fait ça franchement bien et garde son calme (il aurait dû faire capitaine ça lui va vraiment bien), je balance les amarres au marineros et je me jette dans les bras de Patrizia et Carolien!
Le soir même on est invité à manger chez le bateau copain Liko, adorables !! On a tous mangé un poulet au curry pour notre arrivée, quel bonheur décuplé et quelle attention mémorable !!! Merci Liko !