Quelques jours à Mindelo
Mercredi 19/11
Après un mardi complet de repos, courses, Check In des passeports et décision de prendre un équipier en plus, il faut déjà penser à la prochaine traversée et préparer :
· Faire venir Paul, un étudiant de 23 ans rencontré à Las Palmas. Nous avions bien sympathisé, Paul cherche à faire plusieurs expériences durant son année de césure. Après l’ascension du Mont Blanc, le marathon de Lisbonne, place à une transat. Il prendra l’avion. Nous devons prévenir les customs (une personne au départ en plus de Mindelo sur le bateau) et l’ajouter en équipier officiel auprès de l’Arc. Il faut aussi lui donner un document prouvant aux contrôles à l’aéroport qu’il quittera le Cap Vert par voie maritime avec nous. Un one way ticket pour le Cap Vert n’est pas accepté sauf cas particulier. J'ai décidé de prendre une personne en plus à bord pour nous soulager car on est très occupé par le bateau jour et nuit en traversée !
· Je dois faire tester le médicament Stugeron à Quentin avant de partir, c’est un anti nauséeux contre le mal de mer. Je ne connais pas les conditions à venir et il faut un autre médicament que celui que j’ai et qu’il tolère mal.
· Il faut tester le Code 0 avec Sylvain de Liko. Cette voile avant est utile par vent faible (moins de 10 nœuds) pour porter davantage le bateau (et ne pas mettre 30 jours en transat).
· Il faut faire le Routage, ranger le bateau et Commander de l’eau en plus (2l mini / pers * 20 jours) au cas où le water maker ne fonctionnerait plus. L’eau c’est la vie et c’est l’élément le plus important à bord.
· 14:30 : Excursion pour aller voir des tortues!! Elles viennent en nombre autour de nous, on les voit de très près. Les enfants sont conquis. Une copine a fait une vidéo Instagram que je vais essayer de relayer mais je ne sais pas encore comment.
Nous sommes hilares lorsqu’il s’agit de monter dans des barques en bois de pêcheurs locaux avec de petits moteurs, entassés, sans gilet sauvetage. Nous avons tellement d’éléments de sécurité sur nos bateaux, la différence est démente, et surtout on se dit que c'est pas malin de faire des excursions en bateau quand on a nous même les nôtres. Il y a un copain qui nous dit "mais là c'est le pied, aucune responsabilité sur mes épaules!!". Et puis, ça fait un peu situation de « migrants », on serait bien malin avec nos bateaux au port et quand même finir à la dérive avec un moteur HS, sans gilets, sans eau potable dans l’océan!
20h : « Casa café Mindelo » en musique pour le repas du soir. Nous y allons avec le bateau copain Liko, mangeons bien, mais les enfants sont rincés, ils dorment la tête dans leurs bras sur les tables.
En rentrant à pied à la marina, les enfants me chuchotent « Maman il y a le navigateur derrière toi !! » Pierre et les enfants ont rencontré Éric Dumont 4e deux fois au Vendée Globe de 1996 et 2000 dans un magasin de pêche. Il a demandé à Pierre s’il était en bateau avec ses enfants et lui a dit que c’est ainsi qu’il a commencé. Je lui dis que je suis admirative de son palmarès ! Et on discute : 50 ans qu’il est sur la mer. Ses parents ont acheté un bateau lorsqu’il avait 4 ans ½ et ont vécu dessus à Dakar au début. Il me dit qu’il se sent « plus en sécurité en pleine mer sur un bateau que dans une voiture sur le périphérique parisien ». Il me dit que son angoisse en mer c’est quand il « appelle à terre et qu’on peut lui raconter tellement de problèmes ». « A partir du moment où tu as de l’équipement, tout doit bien aller ». J’essaye de comprendre sa pensée parce que moi, je suis un peu plus stressée en mer que lui.
C’est drôle, je pense que l’on n’a pas la même conscience du monde, finalement on a le même monde sous nos yeux, mais on ne le voit pas de la même manière. On ne place pas la barre du danger au même endroit. C'est intéressant et ça ne me laisse pas indifférente comme discussion. D'ailleurs ce voyage n'est pas qu'extérieur, je me dis souvent qu'il met en évidence qui tu es, c'est aussi un voyage intérieur. On me l'avait dit, mais je commence à comprendre. Mes peurs, inquiétudes, volontés, pensées, paradoxes sont mis bien en face de mon nez en pleine mer :-)
Jeudi 20/11 Veille du départ de la Transatlantique 😑
8h : Une personne vient récupérer tout le linge à laver et on en a beaucoup 🤗
9h : Livraison d'eau, on a commandé 20 bouteilles de 5 litres en plus, ce qui nous fait 280 litres. Si le déssalinisateur ne fonctionnait pas, nous resterions en vie, on nous a rappelé la règle des 3 : On vit rarement au delà de 3 minutes sans respiration, 3 jours sans eau, 3 semaines sans nourriture. On revient à des basiques, je regarde mes bouteilles monter à bord autrement que d'habitude, avec considération!
9h : Courses : on prend 3 très grandes boîtes d'œufs sur le marché ouverts de Mindelo, Fruits (surtout des bananes, peu d'autres fruits, des pommes, des oranges importées) et légumes (leurs légumes sont beaux!). La viande me laisse plus circonspecte, je prends du poulet congelé.
Nous allons au Marché aux poissons avec les enfants, afin qu’ils visitent. On voit un énorme thon au marché. Les enfants observent les poissons ouverts sur les étalages, sans glace, en pleine chaleur, certaines femmes agitent des choses pour faire fuir les mouches! Nos estomac ne tolèreraient surement pas le poisson mais c'est intéressant à voir.
Et sur le marché, Quentin regardaient attentivement les femmes qui vendent avec attention leurs bananes dans des bassines à même le sol assises sur des petits tabourets.
A la fin du marché, je constate que j'ai quand même plus un rond, avec Laure on se dit que j'au du avoir des tarifs de touristes 😅
12h : On promet aux enfants depuis deux jours qu’ils vont aller à la piscine à côté donc on décide d’aller manger au restaurant et pendant ce temps ils peuvent aller à la piscine. L’endroit est très joli le repas excellent c’est un très bon moment. Le service est à l'image du slogan du pays "NO STRESS", on aura attendu nos plats 1h30 environ.
14h : Arrivée de Paul. On l'accueille et on doit aller tout de suite faire le Check Out au bureau de l'immigration. Sinon on ne pourra pas rentrer à Grenade!
16h : Briefing skipper de l'ARC + : Laure présente le bateau à Paul et fait le tour du gréement et de l’accastillage pendant que Pierre et moi allons ensemble à l’hôtel où il y a le briefing, on rigole tous quand ils nous montrent un trait droit entre Mindelo et Grenade avec 2200 milles nautiques. Parce que ce sera tout sauf en route droite et on fera plus de milles que ça 😅
19h : On reçoit tout notre linge, lavé, séché, plié: un vrai luxe en bateau, une aide top sinon on aurait passé un temps fou à faire ça et un vrai business pour Elisabeth, qui a bien raison de profiter de tous ces bateaux et proposer ses services.
19:30 : On part au restaurant, on essaye d’aller au Casamarel on nous a dit tellement de bien de ce restaurant, mais il est complet. On fait une bonne marche et on se dit que c’est l’occasion de visiter.
En redescendant vers la marina, on demande s'il y a des restaurants dans les parages et un monsieur très sympa nous conduit vers une petite ruelle à quelques encablures dans laquelle il y a plusieurs restaurants, pas forcément visibles à première vue. Nous mangeons dans une pizzeria. Là, deux musiciens, puis trois jouent de la musique cap-verdienne. Et se passe un moment... Angélique... Hors du temps. Leur voix sont magnifiques et résonnent dans les murs. J’en ai encore la chair de poule. Tout à coup, il chante la chanson « Voilà » de Barbara Pravi. Leur interprétation est SPLENDIDE, j’en ai les larmes aux yeux. Toute la table est scotchée, ils sont applaudis intensément et à leur juste valeur. Quentin caresse les gentils chiens qui viennent à la table. Lorsque l’on part, il pleure car il aimerait tellement rester avec eux. Quentin est très sensible et je crois que la musique le touche aussi beaucoup.
Souvenir inoubliable comme une épiphanie! Une très belle soirée avant notre départ demain.
Sur le retour, on s'aperçoit que Laure a oublié ses baskets à la pizzeria donc on y retourne. Et l’on passe devant un bâtiment avec les fenêtres ouvertes et un cours de danse où il y a des couples et aussi des danses individuelles. Danse locale avec un rythme parfait, on est bouche bée et on danse dans la rue. On est bientôt rejoint par le bateau copain Kasafari : Carolina et Robin se déhanchent avec nous en pleine rue sur le trottoir. On se promet de danser ensemble à Grenade. Et je me remettrai à la danse c’est sûr.